Si tu demandes combien tu dois investir pour ta retraite en Belgique, on te donnera un capital cible : 300 000 €, 500 000 € ou 85 fois ton dernier salaire mensuel. C'est la partie facile de la réponse, et c'est justement celle qui ne t'aide pas. Un objectif de capital ne te dit rien sur ce que tu dois mettre de côté le 25 du mois. Ça suppose aussi que tu saches déjà ce que le système de retraite belge te versera, et depuis le 8 juin 2026, mypension.be n’affiche plus ce montant pour la plupart des gens.

On a donc fait tout le calcul nous-mêmes. Cet article part du montant que tu souhaites dépenser chaque mois, en soustrait ce que le système de retraite belge te verse déjà, transforme le solde en un objectif de capital et aboutit à un montant mensuel. Tous les taux de rendement, frais et taux de prélèvement utilisés sont indiqués, ce qui te permet de remettre en question nos hypothèses et de refaire le calcul avec les tiennes.

En bref : combien faut-il investir pour ta retraite ?

Si tu additionnes les trois piliers officiels de la retraite belge pour un salarié qui les a bien exploités, tu obtiens environ 2 430 € nets par mois. Si tu veux plutôt 4 000 € par mois, l'écart est d'environ 1 600 € par mois. Pour combler cet écart mensuel de 1 600 € en toute sécurité, il faut environ 700 000 € de capital investi. La règle des 4 %, qui dit que tu peux retirer 4 % de ton capital de départ par an et t'attendre à ce que l'argent dure trente ans, fait passer ce montant à 480 000 €. Trente ans, ce n’est pas assez long pour un Belge de 66 ans ; on va donc plutôt partir d’un taux de 2,75 % par an. Pour te constituer 700 000 € à 66 ans, ça te coûtera environ 250 € par mois si tu commences à 25 ans, et environ 1 230 € par mois si tu commences à 45 ans. Tous les chiffres de ce paragraphe sont détaillés ci-dessous, avec les hypothèses qui les sous-tendent.

Commence par déterminer ce que tu veux dépenser, pas ce que tu gagnes

Ton objectif de retraite correspond à un montant de dépenses, pas à un montant de revenus. La plupart des gens partent de leur salaire : « Je gagne aujourd’hui 3 500 € nets, donc j’aurai besoin d’environ 3 500 € plus tard. » Ça permet de vérifier que ça tient à peu près la route, mais ce n’est pas le bon point de départ, car tes dépenses à la retraite ne sont pas les mêmes qu’aujourd’hui.

Certains frais disparaissent à 66 ans, et d'autres apparaissent

La retraite, ça veut dire plus de trajets domicile-travail, plus de cotisations de retraite et, pour beaucoup, plus de crédit immobilier ni d'enfants à la maison. En revanche, ça ajoute le coût du temps libre. Les voyages, les loisirs, les sorties, les soins à domicile et, à terme, une maison de retraite, tout ça coûte de l'argent, et tu as plus d'heures à occuper. Y a pas de règle qui dit que tu auras besoin de beaucoup moins d'argent que quand tu travaillais.

Plus tu te rapproches de la retraite, plus ton estimation sera précise. À 63 ans, tu sais généralement à quoi ressemble ta vie. À 35 ans, tu ne fais que des suppositions, alors choisis un chiffre, note ton hypothèse et revoy-la plus tard.

Où va vraiment l'argent d'un ménage belge ?

Le logement est, de loin, le poste le plus important du budget d'un ménage belge, et c'est aussi celui qui est le plus susceptible de changer quand tu arrêtes de travailler. L'enquête sur le budget des ménages 2024 de Statbel estime que le logement, l'eau, l'électricité, le gaz et les autres combustibles représentent 30,6 % des dépenses d'un ménage belge. Viennent ensuite l'alimentation et les boissons non alcoolisées avec 14,0 %, puis les transports avec 11,7 %, les loisirs et la culture avec 7,9 %, et enfin les hôtels, cafés et restaurants avec 7,3 %.

Considère ça comme une liste de contrôle plutôt que comme un objectif. Si ton prêt immobilier est remboursé à 66 ans, la plus grosse partie de ton budget diminue considérablement. Si tu es toujours en location, ce n’est pas le cas, et ton pourcentage devra être plus élevé. Les frais de transport baissent quand tu n’as plus de trajet à faire. Les loisirs et les restaurants, qui représentent à eux deux un peu plus de 15 % du budget, sont les deux postes les plus susceptibles d’augmenter dès que tu auras le temps d’en profiter.

Ta cible, c'est l'euro de demain, pas celui d'aujourd'hui

L'impact de l'inflation fait que chaque objectif lointain semble plus difficile à atteindre qu'il n'y paraît. Si tu as 50 ans aujourd'hui et que tu penses avoir besoin de 4 000 € par mois, il te faudra environ 5 500 € par mois à 66 ans pour acheter les mêmes choses, avec une inflation de 2 % par an. Ce n'est pas une erreur d'arrondi, et plus tu es jeune, plus ça empire. D’après nos propres calculs, sur la base de ce même taux de 2 %, ces mêmes 4 000 € par mois se transforment en environ 9 000 € par mois pour quelqu’un qui a 25 ans aujourd’hui.

Ça a de l'importance pour une raison bien précise. L'objectif de 700 000 € mentionné dans cet article correspond à un écart calculé en euros d'aujourd'hui, alors que les cotisations mensuelles qui permettent d'atteindre ce montant sont comptabilisées en euros de chaque année à venir. Si tu as encore quarante ans devant toi avant la retraite, il faut tenir compte de l'inflation pour ces deux montants ; considère donc ces 700 000 € comme la somme à atteindre pour quelqu'un qui est proche de la retraite et comme un minimum à respecter pour quelqu'un qui commence tout juste.

Ce que la pension de retraite belge te rapportera réellement

La retraite de l'État belge, c'est un revenu mensuel plutôt qu'un capital qui t'appartient, et ce que tu touches dépend de ton statut professionnel, de la durée de ta carrière et de ce que tu as gagné pendant celle-ci. Les retraites d'aujourd'hui sont financées par les cotisations et les impôts des travailleurs d'aujourd'hui. Les fonctionnaires, les salariés et les indépendants la constituent de différentes manières, ce qui explique que les montants varient beaucoup.

Il y a quatre piliers, et tu n'en choisis qu'un seul

En Belgique, le système de retraite repose sur quatre piliers.

  1. La retraite d'État, le premier pilier, versée par l'État.
  2. La pension professionnelle, le deuxième pilier, est constituée par ton employeur sous la forme d'une assurance collective ou d'un fonds de pension. Pour les indépendants, il s'agit de la VAPZ et de l'IPT.
  3. L'épargne-retraite avec avantage fiscal, le troisième pilier, que tu mets en place toi-même auprès d'une banque ou d'un assureur.
  4. Tout ce que tu construis à partir de là, c'est le quatrième pilier. C'est là que se trouve ton propre portefeuille d'investissement.

Seul le quatrième pilier dépend entièrement de toi. Tu peux augmenter le premier en gagnant plus, le deuxième est en grande partie fixé par ton employeur, et le troisième est plafonné par la loi. Le montant du quatrième pilier, c'est un choix que tu fais chaque mois, c'est pourquoi le calcul présenté dans cet article s'arrête là. Pour une explication plus détaillée du calcul du premier pilier, on a rédigé un guide séparé sur le montant de ta retraite belge.

mypension.be a cessé d'afficher l'estimation de la plupart des gens en juin 2026

Depuis le 8 juin 2026, mypension.be n'affiche plus d'estimation de la date la plus proche à laquelle tu pourras prendre ta retraite ni du montant de ta pension pour la plupart des Belges. L'Office fédéral des pensions a expliqué pourquoi dans son communiqué de presse du 29 mai 2026, après l'adoption de la réforme des retraites par le Parlement fédéral. Les nouvelles règles entrent en vigueur le 1er janvier 2027, et les estimations existantes avaient été calculées selon les anciennes règles.

C'est la date de ta retraite qui fait la différence, pas ton âge. Si tu peux prendre ta retraite au plus tard le 1er janvier 2027, ta date et le montant de ta retraite sont toujours calculés selon les anciennes règles, donc tu vois toujours ton estimation. Si tu ne peux prendre ta retraite qu'après le 1er janvier 2027, ta retraite sera calculée selon les nouvelles règles et ton estimation a disparu le 8 juin 2026.

Le Service fédéral des retraites a publié un calendrier pour la mise en place de ces mesures. La première date de départ à la retraite prévue par la nouvelle loi remonte à l'automne 2026, la première date sans pénalité est fixée à la fin de 2026, tu connaîtras le montant exact de ta retraite au cours du second semestre 2027, et les simulations seront disponibles à la fin de 2027.

C'est bon à savoir avant de suivre les conseils de n'importe qui qui te dirait « va juste voir sur mypension.be ». Pour la plupart des gens, pour l'instant, ce numéro n'y figure pas.

En attendant, deux éléments permettent de s'en faire une idée. Le premier, c'est la moyenne, qui dépend du statut sous lequel tu as travaillé. D'après les chiffres sur les retraités publiés par Pensionstat.be, le portail fédéral des statistiques sur les retraites, la pension d'État moyenne en 2026 s'élevait à :

StatutSalaire brut mensuelNet par mois
Fonctionnaire€3,588€2,521
Salarié€1,749€1,565
Indépendant€1,285€1,231

La pension nette moyenne d'un fonctionnaire est plus de deux fois supérieure à celle d'un travailleur indépendant. La moyenne pour un salarié est de 1 565 € nets par mois, ce qui correspond à la pension de retraite de l'État sur laquelle se base le calcul présenté dans cet article. L'autre outil, c'est notre calculateur de pension belge, qui te donne une estimation de ta propre pension de retraite de l'État en fonction de ton âge, de l'âge auquel tu as commencé à travailler, ainsi que de ton salaire de départ et de ton salaire final.

Faut-il encore compter sur la retraite de l'État ?

Oui, et tu devrais rester prudent sur le montant. Le premier pilier est sous pression à cause du vieillissement de la population belge : les baby-boomers partent en masse à la retraite, les gens vivent plus longtemps et il y a moins de jeunes travailleurs qui prennent la relève, donc le nombre de travailleurs par retraité ne cesse de baisser. Les retraites représentent une part croissante du budget fédéral, chaque gouvernement essaie de les réformer, et les prochains le feront probablement aussi. C'est cette pression-là que les gens appellent la « crise des retraites belges ».

Ça ne veut pas dire que la retraite d'État va disparaître. Elle est bien trop importante, tant sur le plan politique que social, pour ça. Ça veut dire que si t'es jeune aujourd'hui, le montant, l'âge de la retraite et les conditions peuvent encore évoluer ; alors, prévois un chiffre pour lequel tu serais à l'aise même si tu te trompais.

Ça rassure aussi vraiment. Les retraites de l'État belge sont indexées, donc elles suivent globalement l'inflation, ce qui protège bien mieux ton pouvoir d'achat qu'un montant fixe qui ne change jamais. L'indexation ne te rend pas plus riche, par contre. Elle ralentit juste la vitesse à laquelle tu t'appauvris. Au fil des décennies, les actions et l’immobilier ont tendance à progresser plus vite que l’indexation des retraites. Du coup, celui qui investit voit son patrimoine croître en parallèle, tandis que celui qui n’investit pas reste dépendant de ce que l’État pourra se permettre de te verser plus tard.

Les freelances et les travailleurs indépendants assument une plus grande partie de ça eux-mêmes

La pension légale moyenne d'un indépendant en Belgique est inférieure à celle d'un salarié ou d'un fonctionnaire, ce qui rend le quatrième pilier d'autant plus important, et non l'inverse. Certains chefs d'entreprise peuvent vendre leur société à la fin de leur carrière, mais ce n'est pas le cas de beaucoup d'autres : un consultant, un médecin, un journaliste ou un freelance n'a souvent pas d'entreprise qui vaille grand-chose sans lui. Les avantages fiscaux, c'est bien, mais ce n'est pas une raison pour accepter un produit trop cher. Si tu es indépendant, la règle, c'est de ne pas compter sur un seul pilier. On a écrit un article plus complet sur la façon dont les indépendants belges peuvent prendre leur retraite comme ils l'entendent.

Ton deuxième pilier est plus petit que ce qu'indique la moyenne

La pension d'entreprise belge moyenne est cinq fois supérieure à la médiane, donc cette moyenne ne reflète pratiquement personne. Le rapport de l'AFMJ d'avril 2025 sur les pensions complémentaires des salariés indique que la réserve moyenne acquise dans un régime de pension d'entreprise s'élevait à 28 748 € au 1er janvier 2024, et la médiane à 5 660 €. C'est un petit groupe de cadres supérieurs et de dirigeants d'entreprise qui fait grimper la moyenne. La moitié des affiliés se situent en dessous de 5 660 €.

La moyenne masque la médiane, et l'écart est énorme

À tous les niveaux de détail des chiffres de la FSMA, on constate le même écart entre la moyenne et la médiane.

Régimes de retraite d'entreprise, 1er janvier 2024MoyenMédiane
Tous les affiliés€28,748€5,660
Entre 55 et 64 ans€72,711€18,471
Les femmes âgées de 55 à 64 ans€48,867€10,742
Les hommes âgés de 55 à 64 ans€91,000€26,524

Une femme proche de la retraite, affiliée à un régime de retraite d'entreprise belge, dispose d'une réserve médiane de 10 742 €. Son homologue masculin dispose quant à lui de 26 524 €. Le capital moyen effectivement versé à la retraite en 2024 s'élevait à 47 346 €, pour un total de 73 779 versements.

Les régimes sectoriels sont encore plus modestes : une réserve moyenne de 2 437 € et une médiane de 854 €. Environ 2,57 millions de salariés relèvent d’un régime sectoriel et 2,33 millions d’un régime d’entreprise, et beaucoup de gens sont affiliés aux deux, donc aucun chiffre unique ne permet de dire ce qu’une personne recevra. La conclusion sûre, c’est la tendance plutôt que le montant. Pour la plupart des Belges, le deuxième pilier, c'est un pécule supplémentaire ponctuel, pas un deuxième revenu mensuel ; du coup, un plan de retraite d'entreprise ne te dispense que rarement de te constituer un quatrième pilier.

C'est plus facile d'évaluer une réserve médiane sous forme de montant mensuel. Répartie sur les dix-huit années qu'il reste en moyenne à une personne de 66 ans, la médiane de 5 660 € pour l'ensemble des affiliés revient à environ 26 € par mois. La médiane pour une femme âgée de 55 à 64 ans s'élève à environ 50 € par mois, et pour un homme, à environ 123 €. C'est notre propre calcul, et c'est justement pour ça que le deuxième pilier ne remplace pas un salaire.

L'épargne-retraite, ça te donne un avantage fiscal, mais ça te coûte 8 % à 60 ans

Le troisième pilier, c'est l'épargne-retraite, ou « pensioensparen », que tu ouvres toi-même auprès d'une banque ou d'un assureur. Parler d'« épargne » est trompeur, car un plan d'épargne-retraite investit ton argent et comporte les risques liés à l'investissement.

Quatre chiffres résument la situation en 2026 :

  • 1 350 € : c'est le montant maximal que tu peux verser en un an.
  • Tu bénéficies d'une réduction d'impôt équivalente à 25 % ou 30 % de ta cotisation, selon la tranche d'imposition dans laquelle tu te trouves.
  • Si tu cotises le montant maximal de 1 350 €, tu récupères 337,50 €.
  • Le jour de tes 60 ans, 8 % de ton capital est reversé à l'État, à titre d'impôt de clôture.

C'est justement cet allègement fiscal qui fait tout l'attrait de l'offre, et les banques et les assureurs le mettent bien en avant.

Ce dont on parle moins, c'est justement ce dernier point. L'impôt final restitue au gouvernement une partie de l'allègement fiscal dont tu as bénéficié auparavant. Ça ne veut pas dire que l'épargne-retraite, c'est une mauvaise chose. Ça veut juste dire que la vraie question, ce n'est pas ce que tu récupères chaque année, mais ce qu'il te reste au final. L'article « ETF vs épargne-retraite belge » répond directement à cette question. On aborde ce dispositif dans notre guide sur l'épargne-retraite belge et les prélèvements dans la rubrique consacrée à la fiscalité de l'épargne-retraite belge. Notre simulateur d'épargne-retraite effectue des calculs sur de vrais fonds belges si tu veux voir ce que ton propre plan est susceptible de te rapporter.

Fais le total de ces éléments, et la différence, c'est le montant que tu dois investir

Le chiffre dont tu as vraiment besoin, c'est la différence entre ce que tu veux mettre de côté et ce qui est prélevé automatiquement. Tu ne le vois qu'une fois que tu as additionné les trois piliers officiels, une étape que la plupart des sites belges consacrés à la retraite omettent.

Les trois piliers de Jan représentent 2 430 € nets par mois

Les trois sources de revenus officielles de Jan lui rapportent environ 2 430 € nets par mois. Il est salarié et partira à la retraite à 66 ans, et chacun de ces trois montants provient d'une source bien précise :

  1. Une retraite d'État nette d'environ 1 500 € par mois. C'est la moyenne prévue pour 2026 pour un salarié, soit 1 565 € nets, arrondis à l'unité inférieure.
  2. Une retraite d'entreprise de 71 000 €. C'est proche de la moyenne de la FSMA pour une personne de 55 à 64 ans affiliée à un régime d'entreprise, et environ quatre fois la médiane ; Jan s'en sort donc mieux que la plupart des gens.
  3. Un capital retraite de 130 000 €. Il a cotisé 1 050 € par an à partir de 25 ans, ce qui fait environ 43 000 €. Ce capital suppose donc que son fonds de retraite a à peu près triplé cette somme, ce qui correspond à un rendement d'un peu moins de 5 % par an, une fois les frais du fonds déduits.

Les deuxième et troisième piliers sont des montants forfaitaires plutôt que des revenus mensuels, donc il faut les répartir. À eux deux, ils totalisent 201 000 €. À 66 ans, Jan a encore dix-huit ans à vivre, et 201 000 € répartis sur ces 216 mois, ça fait environ 930 € par mois. En plus de sa retraite de l'État de 1 500 €, Jan se retrouve avec environ 2 430 € nets par mois.

Chacun de ces chiffres correspond à un cas favorable plutôt qu’à un cas typique. Ces 930 € répartissent également ses deux cagnottes sur une durée de vie moyenne : si Jan vit jusqu’à 96 ans, ces mêmes 201 000 € lui rapporteront plutôt environ 560 € par mois. Malgré tout, 2 430 € c’est bien moins que ce à quoi la plupart des gens sont habitués à la fin de leur carrière, quand leur salaire est au plus haut.

La différence, c'est 1 600 € par mois, et c'est le montant qu'il faut investir pour

Le déficit de Jan s'élève à environ 1 600 € par mois, et c'est ce chiffre qu'on va utiliser dans la suite de cet article. Il souhaite toucher 4 000 € par mois à la retraite, ses trois piliers lui rapportent environ 2 430 €, et la différence doit provenir de son propre portefeuille.

Vendre une partie de ton portefeuille chaque mois, ça a l'air simple. Mais ça introduit un risque qui n'existe pas tant que tu continues à cotiser : le risque de séquence. Ce qui compte alors, ce n’est pas seulement ton rendement moyen, mais aussi l’ordre dans lequel ces rendements sont générés. Une chute à 35 ans, c’est embêtant, mais tu continues à travailler et à acheter. Une chute à 67 ans, juste au moment où tu commences à vendre pour subvenir à tes besoins, cause des dégâts durables, car les euros que tu vends à bas prix sont perdus et ne peuvent pas profiter de la reprise. Dans le pire des cas, ton portefeuille se vide alors que tu es encore en vie.

Combien faut-il pour combler un déficit mensuel de 1 600 € ?

Pour combler un déficit mensuel de 1 600 € en toute sécurité, il faut environ 700 000 €, et non les 480 000 € que te donne la règle des 4 %. Un complément mensuel de 1 600 € représente 19 200 € par an. Avec un taux de 4 %, ça implique un capital de départ de 480 000 €. Avec 700 000 €, ce même montant de 19 200 € correspond à un taux de retrait d’environ 2,75 %, et ce scénario tient la route face à des situations historiques, contrairement à celui avec 480 000 €.

La règle des 4 %, c'est un point de départ, pas une réponse toute faite

La règle des 4 % a été conçue pour un autre type d'investisseur ; elle doit donc figurer dans ton plan comme point de départ plutôt que comme une réponse toute faite. Elle trouve son origine dans des recherches américaines menées dans les années 1990, plus précisément dans un article de Philip Cooley, Carl Hubbard et Daniel Walz publié dans l’AAII Journal de février 1998, connu sous le nom d’étude « Trinity ». Selon cette étude, tu peux retirer 4 % de ton capital de départ chaque année avec une forte probabilité que ton argent dure au moins trente ans.

« Simple » ne veut pas dire « valable partout ». Cette étude se base sur les rendements historiques américains, une période bien précise et une retraite de trente ans, alors que l'espérance de vie ne cesse d'augmenter. Les investisseurs belges sont aussi confrontés à une fiscalité différente, à des régimes de retraite différents et à des portefeuilles généralement internationaux plutôt qu'américains. Si tu considères ces 4 % comme une indication approximative, c'est utile. Si tu les prends comme une règle absolue, c'est dangereux. Notre article sur le mouvement FIRE en Belgique explique plus en détail dans quels cas la règle des 4 % s'applique et dans quels cas elle ne tient pas la route.

Le même portefeuille, deux dates de départ à la retraite, deux résultats différents

Donne à Jan 320 000 € dans un portefeuille défensif composé à 30 % d'actions et à 70 % d'obligations, fais-lui retirer 1 600 € par mois, et c'est la date de sa retraite qui déterminera le résultat. On a testé les deux scénarios avec notre outil de backtest sur des données historiques réelles.

Prendre sa retraite en mars 2008, en pleine crise financière, s'avère être une bonne idée. Ses obligations encaissent le premier choc, puis s'ensuit une longue période haussière : le portefeuille grimpe d'abord jusqu'à environ 370 000 €, et à l'âge prévu de son décès, il reste environ 175 000 €.

Prendre sa retraite en octobre 2000, juste avant l'effondrement de la bulle Internet, ce n'est pas une bonne idée. Deux périodes de forte turbulence boursière se succèdent : la crise des dotcoms, puis la crise financière, et le portefeuille est à sec au bout de 14 ans et demi. À 80 ans, il doit compter entièrement sur sa retraite de l'État.

Jan ne peut pas choisir dans quelle situation il va se retrouver, et toi non plus. Ton plan de retraite doit fonctionner même dans des conditions difficiles, pas seulement dans des conditions normales.

Si tu appliques la règle des 4 % aux 480 000 € dans les deux mêmes scénarios, le cas le plus défavorable vide quand même ton portefeuille à 91 ans au lieu de 80. C'est mieux, mais ça ne rassure pas pour autant, car beaucoup de gens vivent au-delà de 91 ans. Le plus gros risque financier à la retraite, ce n'est pas que ton portefeuille baisse pendant un certain temps. C'est que ton argent s'épuise alors que tu es encore en vie.

Prépare-toi à vivre au-delà de 90 ans

L'espérance de vie à 66 ans est plus élevée que ce que la plupart des gens pensent. D'après les tables de mortalité de Statbel pour 2025, un homme de 66 ans a encore 18,5 ans à vivre et une femme 21,2 ans, ce qui donne une moyenne se situant entre le milieu et la fin des 80 ans. La fourchette autour de cette moyenne est large : 36 % des personnes de 66 ans atteignent 90 ans et environ une sur dix atteint 96 ans, d’après nos propres calculs à partir des chiffres de survie figurant dans ces mêmes tables. Tu ne veux pas planifier comme si tu allais atteindre 84 ans, puis te retrouver en bonne santé à 97 ans sans aucun revenu. C’est justement le fait de prévoir une longue vie qui fait baisser le taux de retrait de 4 % à un chiffre plus proche de 2,75 %.

De quel capital as-tu besoin pour obtenir le revenu que tu souhaites ?

Ton objectif de capital correspond à ton déficit mensuel multiplié par douze, puis divisé par le taux de prélèvement que tu juges fiable. Le tableau ci-dessous présente nos propres calculs, basés sur le taux prudent de 2,75 % utilisé dans cet article.

Le revenu mensuel que tu souhaites tirer de ton portefeuilleCapital à 2,75 %
€1,000€436,000
€1,500€655,000
€1,600€698,000
€2,000€873,000
€2,500€1,091,000

Il y a deux choses à garder à l'esprit quand tu utilises ce calcul. Ces montants sont exprimés en euros d'aujourd'hui, donc un objectif à quarante ans doit être indexé sur l'inflation. Et ce taux de retrait plus bas a un avantage précis : le plan fonctionne toujours si jamais tu prends ta retraite en octobre 2000 plutôt qu'en mars 2008.

Quelle part faut-il garder en liquidités, et quelle part faut-il investir ?

Tes liquidités doivent couvrir un à deux ans de retraits prévus, et pas plus. Sur une période plus longue, un compte d'épargne belge perd si sûrement du terrain face à l'inflation que garder ta retraite dessus représente un risque, et non une option sûre.

Une réserve correspondant à un à deux ans de retraits

La protection la plus simple contre le risque de séquence, c'est une réserve. Peu avant de prendre ta retraite, transfère l'équivalent d'un à deux ans de retraits prévus sur un compte d'épargne, un compte à terme, une obligation à court terme ou un instrument du marché monétaire. Si les marchés connaissent une mauvaise année, tu vivras de cette réserve au lieu de vendre tes actions à bas prix, et tu la reconstitueras une fois que les cours se seront redressés.

Ce n'est pas toujours l'option la plus optimale d'un point de vue mathématique, mais ça aide énormément dans la pratique. Ça te fait gagner du temps, et le temps, c'est souvent ce dont tu as besoin en cas de crise. En plus de ça, quatre autres habitudes permettent de protéger ton portefeuille de retraite : fais preuve de prudence quant à ton taux de retrait, reste flexible sur le montant que tu retires, couvre tes dépenses essentielles avec des revenus stables, et n'oriente pas tout ton portefeuille vers des placements défensifs trop tôt, pour qu'il puisse continuer à croître.

Ce qu'un compte d'épargne a fait de 100 € depuis 1996

Prends 100 € en 1996 et suis leur évolution pendant trente ans. Sous le matelas, l'inflation réduit leur pouvoir d'achat à 51 €. Sur un compte d'épargne, les intérêts te permettent d'obtenir 74 €, donc même avec les intérêts, tu as perdu près d'un tiers de ton pouvoir d'achat en trente ans. Investis dans un portefeuille d'actions diversifié à l'échelle mondiale, ces 100 € ont atteint 485 €, soit plus du triple de leur pouvoir d'achat initial. Ces trois chiffres proviennent de notre propre outil de backtest, qui utilise les taux d'inflation belges et les taux d'intérêt effectivement versés par les banques belges.

Les taux d'épargne belges ont été dépassés par l'inflation pendant la majeure partie des deux dernières décennies. Entre janvier 2003 et décembre 2025, l'inflation belge a été supérieure au taux d'intérêt des dépôts d'épargne belges pendant 232 mois sur 276, soit 84,1 % du temps. Sur ces 23 ans, le taux d'épargne s'est établi en moyenne à 0,83 % par an et l'inflation à 2,45 %. On a calculé ça nous-mêmes à partir de deux séries de données principales : les statistiques MIR de la Banque nationale de Belgique, qui indiquent ce que les banques belges versent réellement sur les dépôts d'épargne, et l'indice harmonisé des prix à la consommation d'Eurostat pour la Belgique. En juin 2026, le taux d'épargne s'élevait à 0,68 %. À son pic, en octobre 2022, l'inflation belge a atteint 13,1 %, tandis que le taux d'épargne n'a pratiquement pas bougé.

Ne pas investir, ça donne l'impression d'être en sécurité. Mais laisser ton argent sur un compte d'épargne pendant vingt ou trente ans, c'est aussi un risque : celui de voir ton pouvoir d'achat s'évaporer petit à petit. On compare directement l'épargne et l'investissement, et si tu veux vraiment profiter du meilleur taux pour ta réserve d'argent, on a dressé une liste des meilleurs comptes d'épargne en Belgique.

Combien faut-il investir chaque mois pour y arriver ?

Un objectif de 700 000 € est à ta portée si tu commences jeune en versant quelques centaines d'euros par mois, car la majeure partie du montant final provient des plus-values plutôt que de tes cotisations. Des montants comme 700 000 € ou 800 000 € peuvent paraître intimidants jusqu'à ce que tu les décomposes entre ce que tu verses et ce que le marché t'apporte.

Le parcours d'Ezra, décennie par décennie

200 € par mois à 23 ans, avec quatre augmentations, ça donne 889 367 € à 66 ans. Ezra a 23 ans, elle vient d'obtenir son diplôme et commence son premier boulot. De 23 à 35 ans, elle investit 200 € par mois dans un portefeuille composé à 100 % d'actions.

  • À 35 ans, elle est mariée, a des enfants en bas âge et gagne mieux sa vie. Elle augmente sa cotisation à 500 € par mois et passe à une répartition de 80 % en actions et 20 % en obligations.
  • À 45 ans, elle investit 600 € par mois et passe à une répartition de 60 % en actions et 40 % en obligations.
  • À 55 ans, ses enfants sont pour la plupart autonomes. Elle peut mettre de côté 800 € par mois et passe à un portefeuille composé de 40 % d'actions et de 60 % d'obligations.

À 66 ans, Ezra a accumulé 889 367 €. Elle a apporté elle-même 266 400 € de cette somme. Les 622 967 € restants correspondent au rendement. Ces chiffres s'appuient sur le rendement annuel moyen de chacun de ces portefeuilles entre 1994 et 2026, et notre guide sur la constitution d'un portefeuille d'ETF explique comment ces combinaisons sont élaborées.

Il y a deux choses que ce graphique ne montre pas. La vraie vie ne suit jamais une ligne toute lisse : il y aura des coups durs, des mauvaises années et des événements imprévus, donc même si le résultat final se situe dans la même fourchette, le parcours peut paraître bien plus chaotique. Et ce sont là des montants nominaux, pas le pouvoir d'achat.

Quelle valeur représentent 889 367 € à 66 ans en argent d'aujourd'hui ?

Environ 380 000 €. C'est notre propre calcul : 889 367 €, actualisés en tenant compte d'une inflation de 2 % par an sur les 43 années allant de 23 à 66 ans, ça donne 379 554 €.

Considère ça comme la version honnête de tous les objectifs de retraite élevés que tu vois cités. Ça marche aussi dans l'autre sens, parce que le salaire d'Ezra va probablement augmenter avec l'inflation, donc les 800 € par mois qu'elle met de côté à 55 ans lui sembleront plus faciles à mettre de côté à ce moment-là que ce que 800 € peuvent laisser penser aujourd'hui. Avec un taux de retrait de 3 %, 889 367 € rapportent environ 2 220 € par mois en euros de l'année en question ; là encore, c'est notre calcul, pas un chiffre qu'on te donne comme ça.

Combien mettre de côté chaque mois, en fonction de l'âge auquel tu commences

Pour atteindre 700 000 € à 66 ans, ça te coûtera environ 250 € par mois si tu commences à 25 ans, et environ 3 540 € par mois si tu commences à 55 ans. Le tableau ci-dessous présente nos propres calculs, en partant d'un rendement nominal de 7 % par an et de cotisations mensuelles.

À quel âge tu commences ?Mensualité pour un prêt de 700 000 € sur 66 ans
25€250
35€530
45€1,230
55€3,540

Ce bond de 250 € à 3 540 €, c'est justement ce qui justifie de commencer tôt, et c'est aussi la raison pour laquelle ce tableau ne constitue pas une conclusion définitive. Le montant s'accumule en euros nominaux, alors que l'objectif de 700 000 € a été fixé en euros d'aujourd'hui ; donc, quelqu'un qui commence à 25 ans devrait viser plus haut que 700 000 €, tandis que quelqu'un qui commence à 55 ans se rapproche davantage du chiffre réel. Notre article sur le montant à investir chaque mois aborde la même question sous un autre angle, en partant de tes revenus plutôt que de ton objectif.

Si tu n'arrives pas à joindre cette personne aujourd'hui, rappelle-la plus tard

Tout le monde ne se lance pas dans l'investissement à 23 ans, et commencer à 45 ans te laisse encore plus de vingt ans avant l'âge légal de la retraite. Même en commençant après 55 ans, tu peux te constituer un véritable capital et continuer à bénéficier des intérêts composés. Tu devras juste faire plus d'efforts pour y arriver, en mettant davantage de côté chaque mois, en réduisant tes dépenses, en augmentant tes revenus ou en travaillant plus longtemps.

Travailler plus longtemps, ça ne dit pas grand-chose à certaines personnes, et plein de gens de 66 ans ne se sentent pas prêts à tout arrêter. L'âge légal de la retraite, c'est juste une limite administrative, pas une loi de la nature, et continuer à travailler, ça aide ton plan de retraite de trois façons à la fois : tu constitues ton capital plus longtemps, tu vis de ton épargne pendant moins d'années, et ta retraite d'État peut être plus élevée.

L'autre solution, c'est d'augmenter le montant à chaque fois que tes revenus augmentent. Quelqu'un qui investit 200 € par mois à partir de 25 ans et qui passe à 300 € à 35 ans, puis à 400 € à 45 ans et enfin à 500 € à 55 ans, se retrouve avec environ 185 000 € de plus à 65 ans que quelqu'un qui reste bloqué à 200 €, avec un rendement moyen de 7 %. Ça représente 75 % de cotisations en plus pour 37 % de patrimoine en plus, ce qui montre que les premiers euros rapportent plus et que les derniers comptent toujours. Hier, c'était le meilleur jour pour commencer. Aujourd'hui, c'est le deuxième meilleur.

Pourquoi le montant mensuel peut être inférieur à ce que tu penses

C'est grâce à l'intérêt composé que quelques centaines d'euros par mois peuvent se transformer en centaines de milliers. Si tu investis 100 € à 10 % par an, tu auras 110 € au bout d'un an. L'année suivante, tu gagnes 10 % sur 110 € plutôt que sur 100 €, ce qui te rapporte 11 € et te permet d'atteindre 121 €.

Au premier abord, l'effet semble minime, car notre cerveau raisonne en ligne droite. Si tu laisses ces 100 € pendant quarante ans, de 25 à 65 ans, ils atteindront 4 526 €. Rien que la quarantième année, ils rapportent 411 €, soit plus de quatre fois les 100 € de départ et plus que la valeur totale du placement au bout de quatorze ans. La différence entre arrêter au bout de quinze ans et continuer pendant quarante ans est énorme. Aucun placement ne rapporte 10 % par an, alors considère ça comme une illustration du fonctionnement des intérêts composés plutôt que comme une prévision. On t'explique le mécanisme des intérêts composés, et pourquoi les versements mensuels réguliers s'y prêtent bien dans la rubrique « Investissement périodique ».

Warren Buffett a constitué plus de 99 % de sa fortune après ses 50 ans, ce qui montre bien que c'est surtout au cours des dernières décennies que tout se joue.

Le plus dur, c'est de choisir le montant mensuel. Mais le vrai problème, c'est de réussir à le verser chaque mois dans un portefeuille dont tu n'as même pas à te soucier : c'est là que la plupart des plans de retraite s'arrêtent discrètement.

C'est exactement ce que fait Curvo. Tu réponds à quelques questions, on te propose un portefeuille de fonds indiciels adapté à ton horizon d'investissement et à ta tolérance au risque, puis tu mets en place un prélèvement automatique pour que le montant que tu as choisi soit prélevé sur ton compte et investi sans que tu aies rien à faire. Le rééquilibrage, les impôts et les formalités administratives sont pris en charge, et tu peux modifier le montant ou arrêter quand tu veux. Tu peux commencer dès 50 € par mois.

Nos frais s’élèvent à 1 % par an sur les premiers 50 000 €, à 0,85 % sur la tranche comprise entre 50 000 € et 100 000 €, à 0,70 % sur la tranche comprise entre 100 000 € et 250 000 €, et à 0,60 % au-delà. Les frais propres aux fonds, compris entre 0,06 % et 0,25 %, sont prélevés sur la performance du fonds plutôt que d’être facturés en plus. Pour être franc : un courtier « en libre-service » revient moins cher, et si ça te convient de choisir toi-même tes ETF, de les rééquilibrer et de gérer toi-même les impôts belges, tu devrais plutôt opter pour cette solution. Curvo s’adresse à ceux qui préfèrent que le plan se déroule tout seul.

Le rendement qu'on prévoit, et où tu peux le vérifier

Tout ce calcul repose sur une hypothèse : un portefeuille d'actions diversifié à l'échelle mondiale génère un rendement moyen d'environ 8 % par an sur plusieurs décennies. Le chiffre précis est de 8,2 % par an depuis 1994, pour l'indice MSCI All Country World Investable Market, qui regroupe des entreprises à grande, moyenne et petite capitalisation issues des marchés développés et émergents. Le graphique ci-dessous présente cet indice dans notre outil de backtest, ce qui te permet de vérifier ce chiffre toi-même plutôt que de nous croire sur parole.

C'est un rendement prévu, basé sur des données historiques et des hypothèses raisonnables, mais ce n'est en aucun cas une garantie. L'avenir peut être différent du passé, et un plan de retraite qui ne fonctionne que si ça se passe comme ça devrait être revu à la baisse.

Nominal ou réel, et pourquoi c'est important pour ta cible

Le rendement nominal ne tient pas compte de l'inflation. Le rendement réel, lui, en tient compte. Avec une inflation de 2 %, un compte d'épargne rapportant 1 % en nominal perd environ 1 % de son pouvoir d'achat par an, et un placement rapportant 7 % en nominal a un rendement réel d'environ 5 %.

C'est cette distinction qui détermine quel montant doit figurer dans ton plan. Notre tableau des cotisations mensuelles se base sur un rendement nominal de 7 %, car les cotisations et le montant final sont tous deux calculés en euros de l'année correspondante. Si tu préfères tout calculer en euros d'aujourd'hui, soustrais l'inflation du rendement et laisse ton objectif tel quel. Ce qu'il ne faut surtout pas faire, c'est mélanger les deux, car c'est comme ça que les gens finissent par viser un objectif qui semble élevé, mais qui leur permet d'acheter moins qu'ils ne le pensent.

À quelle fréquence un indice mondial a-t-il réellement perdu de l'argent ?

Si tu achètes un indice mondial à un moment choisi au hasard entre 1970 et aujourd’hui et que tu le revends exactement un an plus tard, tu te retrouves en perte environ 26 % du temps. Sur des périodes de détention de cinq ans, le risque de perte tombe à environ 17 %. Sur des périodes de vingt ans, il n’y a eu aucune date de départ dans toute l’histoire de l’indice qui se soit soldée par une perte. Même quelqu’un qui aurait acheté au plus haut absolu de la bulle Internet en mars 2000, juste avant une chute de plus de 40 % et une crise financière sept ans plus tard, serait redevenu bénéficiaire vingt ans plus tard. Ces chiffres proviennent de notre outil de backtest.

Pour une retraite, c'est justement ce qui est rassurant, car la retraite, c'est l'horizon d'investissement le plus long pour la plupart des gens. Notre article sur les rendements à espérer d'un ETF revient plus en détail sur les données historiques, et notre guide sur l'investissement indiciel explique pourquoi un seul indice général fait l'affaire.

Est-ce que 500 000 € suffisent pour prendre sa retraite en Belgique ?

Avec 500 000 €, tu touches environ 1 146 € par mois avec un taux de prélèvement de 2,75 %, ou 1 250 € par mois avec un taux de 3 %. C'est notre propre calcul, basé sur les taux de prélèvement utilisés tout au long de cet article.

Pour savoir si c'est suffisant, tout dépend de ce qui va avec. En plus d'une retraite d'État d'environ 1 500 € nets par mois, 500 000 € te permettent d'atteindre environ 2 650 à 2 750 € par mois à vie. C'est une retraite confortable pour quelqu'un qui n'a pas d'emprunt immobilier et dont les dépenses sont modestes, mais ça reste bien en deçà des 4 000 € par mois. Si ton objectif est d'atteindre 4 000 €, 500 000 € te permettent d'en couvrir environ les deux tiers.

Le mieux, c'est de voir ces 500 000 € comme une étape importante plutôt que comme une ligne d'arrivée. Pour y arriver à 66 ans, ça te coûtera environ 380 € par mois à partir de 35 ans, en partant du même rendement nominal de 7 % ; c'est donc tout à fait à la portée de quelqu'un qui commence dans la trentaine.

Conclusion

La réponse concrète à la question « combien faut-il investir pour ta retraite ? » se présente sous la forme d'un montant mensuel, et tu l'obtiens par soustraction. Note ce que tu veux dépenser, soustrais ce que te rapportent déjà ta retraite d'État, ta retraite d'entreprise et ton épargne-retraite, puis convertis ce déficit annuel en capital en te basant sur un taux de prélèvement avec lequel tu serais toujours à l'aise si tu prenais ta retraite en octobre 2000. Pour un déficit mensuel de 1 600 €, ça représente environ 700 000 €, soit environ 250 € par mois à partir de 25 ans ou 1 230 € par mois à partir de 45 ans.

Ce qui justifie de s'y mettre dès maintenant, c'est que tu n'as ton mot à dire que sur un seul des quatre piliers. La retraite d'État est indexée, ce qui t'empêche de t'appauvrir plutôt que de t'enrichir, et elle subit une forte pression démographique. Ta retraite d'entreprise dépend principalement de la décision de ton employeur, et sa médiane est bien inférieure à sa moyenne. L'épargne-retraite est plafonnée à 1 350 € par an. Le quatrième pilier est le seul dont tu peux choisir le montant, chaque mois.

Alors, choisis le montant mensuel et lance-toi. Pas besoin que ce soit le montant idéal pour toujours, car le simple fait de l'augmenter à chaque fois que tes revenus augmentent fait déjà l'essentiel du travail. Et avec Curvo, tu peux mettre en place un plan d'investissement mensuel et modifier le montant quand tu veux. Hier, c'était le meilleur jour pour commencer. Aujourd'hui, c'est le deuxième meilleur.